Opinion

Tribune : « Quand le gouvernement joue au pompier et PASTEF au pyromane ! »

Opinion · Contribution de Malick Sonko, analyste politique, sur la loi de finances rectificative (LFR) 2026. Ce texte n'engage que son auteur.

lundi 26 octobre 2026

Il fallait oser ! Un gouvernement qui invoque les contraintes financières pour justifier des arbitrages douloureux et des députés de son propre camp en rupture de ban qui menacent de bloquer les mesures censées répondre à cette situation. Bienvenue dans le théâtre de la Loi de finances rectificative (LFR) 2026, où les pyromanes politiques se découvrent soudain une vocation de pompiers.

D’un côté, l’Exécutif invoque les réalités budgétaires et la nécessité de revoir certaines dépenses. De l’autre, des responsables de PASTEF dénoncent les coupes dans les investissements et contestent les choix gouvernementaux. Chacun brandit l’intérêt du peuple, mais personne ne semble pressé d’assumer le prix de ses exigences.

Car enfin, qui gouverne ce pays ? Qui définit les priorités et répond des résultats ? Le gouvernement certes, mais aussi la majorité qui l’a porté au pouvoir revendique son projet. On ne peut réclamer les honneurs de la gouvernance quand tout va bien et se défausser de ses conséquences lorsque les arbitrages deviennent impopulaires. La politique n’est pas un buffet où chacun se sert dans les promesses et laisse aux autres l’addition.

Bien entendu, les députés ont le droit de contester le budget, de proposer des amendements et même de rejeter le texte. C’est leur rôle. Mais encore faut-il avancer des solutions crédibles, chiffrées et compatibles avec les ressources disponibles. Réclamer davantage d’investissements sans expliquer comment les financer relève davantage de la posture que de la responsabilité.

Si les coupes sont injustifiées, qu’on le démontre. Si des investissements doivent être préservés, qu’on indique les économies à réaliser ailleurs. Si le gouvernement s’est trompé, qu’on établisse ses erreurs. Mais que l’on cesse de transformer chaque désaccord budgétaire en concours de vertu politique.

Le plus troublant est que ceux qui contestent aujourd’hui les arbitrages appartiennent au camp qui a fait de la rupture avec les pratiques du passé son principal argument de légitimité. Or, gouverner, ce n’est pas seulement dénoncer hier : c’est répondre de ce qui se passe aujourd’hui. On ne peut durablement exercer le pouvoir tout en se comportant comme une opposition à soi-même.

À force de vouloir conserver les bénéfices du pouvoir sans en assumer les difficultés, chacun cherche à se positionner du côté du peuple. Mais le budget de l’État n’est ni un slogan de meeting ni un instrument de chantage politique. Il engage les investissements, les services publics et la crédibilité financière du Sénégal. Un blocage ne ferait pas disparaître les contraintes ; il risquerait d’aggraver les incertitudes.

On ne peut pas allumer l’incendie politique, puis se présenter tous comme les pompiers. Le gouvernement doit justifier ses arbitrages ; sa majorité doit assumer ses responsabilités et formuler des alternatives sérieuses. Le Sénégal mérite mieux qu’une guerre de positionnement entre les différentes composantes du pouvoir.

Pendant que les responsables politiques se renvoient la balle, la facture, elle, finit toujours par arriver chez les citoyens. Gouverner, ce n’est pas souffler sur les braises le matin et réclamer les applaudissements des pompiers le soir. C’est prévenir l’incendie, en assumer la gestion et répondre de ses conséquences.

Malick SONKO

Analyste politique