Société

Rejet de la LFR : ce que dit le gouvernement, et ce qu'il peut faire maintenant

Le ministre des Finances accuse la majorité de « fuir le débat », la Haute représentante du président assure que le pays « ne sera pas bloqué ». Mais au soir du 3 novembre, aucune décision officielle n'est annoncée. Voici les réactions, et les pistes évoquées par les juristes.

mardi 3 novembre 2026

Ce mardi 3 novembre, l'Assemblée nationale a rejeté le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 sans débat sur le fond, en adoptant une « question préalable » par 109 voix pour, 20 contre et 3 abstentions. Le détail du vote et de tout le feuilleton est dans notre article de suivi sur la LFR 2026. Ici, la réponse du gouvernement.

Cheikh Diba : « Vous voulez fuir le débat »

Le ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a réagi dans l'hémicycle. Il a rejeté l'argument du « défaut de sincérité budgétaire » avancé par le député Amadou Ba (Pastef) pour justifier la question préalable. « La question de la sincérité budgétaire ne se pose pas. Vous voulez simplement fuir le débat », a-t-il lancé aux députés de la majorité, selon Dakaractu. Seneweb rapporte une intervention très vive, en wolof, « Thiakhane bakhoul ! » (« Les faux-fuyants, ce n'est pas bien »).

Pour le ministre, la vraie divergence ne porte pas sur les chiffres mais sur le Plan de redressement économique et social (PRES) du gouvernement, rapporte Dakaractu. Selon PressAfrik, il a aussi reconnu que les recettes attendues des nouvelles taxes seront nettement inférieures aux prévisions initiales, en estimant que le dire relève justement de la sincérité budgétaire.

Avec le ministre chargé du Budget, Cheikh Diba a par ailleurs contesté le rapport de la Commission des finances, qu'il juge infidèle aux échanges intervenus en commission, selon Seneweb.

Pastef maintient sa position

De son côté, le président du groupe Pastef, Ayib Daffé, a de nouveau invoqué le non-respect de la sincérité budgétaire, selon PressAfrik. Le groupe, qui détient 130 des 165 sièges, dit refuser le texte en l'état, pas le principe d'un budget rectificatif : « Nous ne voulons pas bloquer le budget, mais l'augmentation des prix », avait résumé le député Bacary Diédhiou, selon Senego.

« Le pays ne sera pas bloqué »

Avant même la plénière, après le second rejet en commission, la Haute représentante du président de la République, Aminata Touré, avait réagi sur la RFM. Elle a regretté le rejet, accusé les députés de Pastef d'irresponsabilité et rappelé que le texte prévoit, selon elle, quelque 300 milliards de francs CFA (environ 457 millions d'euros) de dettes de l'État envers le secteur privé. « C'est un cas de figure prévu dans notre Constitution et le président de la République prendra ses responsabilités pour que le pays ne soit pas bloqué », a-t-elle déclaré, selon Dakaractu et PressAfrik.

Le 28 octobre déjà, en Conseil des ministres, le président Bassirou Diomaye Faye avait demandé au Premier ministre de prendre « les dispositions juridiques nécessaires » en cas de blocage. Au soir du 3 novembre, ni la présidence, ni la Primature, ni le ministère des Finances n'ont publié de communiqué annonçant une décision.

Quelles pistes ?

La Constitution prévoit un mécanisme pour la loi de finances de l'année : si l'Assemblée ne s'est pas prononcée dans les délais (60 jours), le projet peut être mis en vigueur par décret (article 68). Plusieurs juristes cités par Seneweb et Senego débattent de la possibilité de l'appliquer à une loi de finances rectificative. D'autres relèvent qu'aucune règle ne prévoit expressément le cas d'une LFR rejetée, et évoquent un décret d'avance ou une saisine du Conseil constitutionnel. Ce sont des analyses, pas des décisions.

En attendant, c'est la loi de finances initiale 2026, votée l'an dernier, qui continue de s'appliquer. Prochain rendez-vous : le Conseil des ministres de ce mercredi 4 novembre, dont nous publierons les décisions.