Violences conjugales : les hommes aussi, un tabou peu documenté au Sénégal
Une étude menée à Dakar a recensé presque autant d'hommes que de femmes parmi les victimes. Mais la honte et le « soutoura » poussent la plupart à se taire.

Les violences conjugales subies par les hommes restent un sujet peu étudié au Sénégal et largement sous-estimé. Physiques, verbales ou psychologiques, elles sont très rarement signalées à la police, à la gendarmerie ou aux associations.
La raison principale tient à la honte et à la peur du ridicule. Dans une société où l'homme est censé être fort et chef de famille, se dire victime de sa conjointe reste difficile à avouer. Le poids du « soutoura », la discrétion, pousse aussi à régler les conflits en famille, à l'amiable, plutôt que devant la justice.
Les données sont rares. L'étude dakaroise publiée en 2015 montre que les hommes peuvent aussi être exposés à des violences au sein du couple : parmi les 60 victimes identifiées, 29 étaient des hommes. Les auteurs relèvent des facteurs de risque liés au jeune âge, aux jeunes couples, à la précarité et aux inégalités, et concluent que la prise en charge des victimes et la prévention restent insuffisantes.
Ces chiffres ne permettent pas de dire que les hommes sont autant touchés que les femmes à l'échelle du pays. Les enquêtes officielles, centrées sur les violences faites aux femmes et aux filles, montrent qu'elles constituent la grande majorité des victimes recensées. Elles rappellent surtout qu'aucune victime ne devrait rester invisible.
Il existe par ailleurs très peu de cellules d'écoute ou de lieux d'accueil pensés pour accompagner les hommes victimes de violences domestiques.